L’humanité n’est pas assignée à résidence

Il n’y a pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise de l’accueil. C’est tout l’objet de ce numéro spécial de Politis, à retrouver en kiosque et sur notre site, entièrement consacré à l’immigration, à l’accueil digne et à ses effets positifs. Pour que la peur cesse d’intoxiquer le débat public.

Pierre Jacquemain  • 22 novembre 2023
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L’humanité n’est pas assignée à résidence
Manifestation contre la future loi Darmanin, à Paris, le 27 mars 2023.
© Lily Chavance.

Il y a tout juste cinq ans, Politis, associé à Mediapart et à Regards, lançait son appel pour l’accueil des migrants, rejoint par plusieurs centaines d’artistes et d’intellectuels, des partis politiques, des associations et des organisations non gouvernementales. Une soirée au Centquatre, à Paris, avait réuni près d’un millier de personnes pour signer le « Serment du Centquatre ». Une initiative qui visait à interpeller les hommes et les femmes politiques, élus aux niveaux local, national et européen, pour qu’ils et elles s’engagent à respecter les droits fondamentaux de tout être humain à quitter son pays, et à organiser les conditions d’un accueil digne des exilés. Cinq ans ont passé. Les conditions de l’accueil et de l’asile se sont profondément détériorées. Et même la solidarité est désormais criminalisée.

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Les images des toiles de tente lacérées par les forces de l’ordre, celles des militants associatifs verbalisés pour organiser des distributions d’aide alimentaire, celles aussi des exilés abandonnés aux portes de Paris dans des conditions indignes, ou celles encore des mineurs isolés enfermés dans des centres de rétention – jusqu’à 90 jours ! – resteront à jamais comme des traces indélébiles sur notre France. Une France qui s’enorgueillit de ses Lumières et de ses droits de l’homme, qui se rêve en terre d’accueil alors qu’elle se construit, chaque jour, dans l’hostilité envers les étrangers. Gérald Darmanin s’en félicite d’ailleurs quotidiennement en publiant la liste de tous les expulsés du jour, sur X (ex-Twitter). Et son projet de loi immigration s’ajoutera à la longue liste des 117 textes déjà consacrés à l’immigration sous la Ve République, éloignant toujours plus la France de sa tradition d’accueil et d’asile.

Ces 117 textes promettaient tous davantage de fermeté et d’efficacité. Avec toujours le même diagnostic : l’immigration est un problème. Toujours les mêmes préjugés sur la « submersion migratoire » quand ça n’est pas le « grand remplacement ». Toujours les mêmes amalgames sur l’immigration et la délinquance, quand ça n’est pas le terrorisme. Une rhétorique parfaitement relayée et maîtrisée par les politiques et les médias qui alimentent le caractère anxiogène que tout débat sur l’immigration génère. Parce qu’en période de crise il est d’usage de désigner des boucs émissaires. L’étranger est de ceux-là. Facilité ! Comme si le danger ne venait que d’au-delà nos frontières. Notre regard sur l’immigration est hors sol, déshumanisant, irrationnel.

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Il y a cinq ans déjà, nous l’affirmions avec force : il n’y a pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise de l’accueil. C’est tout l’objet de ce numéro spécial de Politis cette semaine (à retrouver en kiosque, sur notre boutique et sur le site) entièrement consacré à l’immigration, à l’accueil digne et à ses effets positifs. Toutes les expériences d’accueil en France, en milieu rural comme en milieu urbain, dès lors qu’elles garantissent de bonnes conditions d’hébergement, d’accès à l’enseignement, aux soins, au travail, à la solidarité, sont une réussite.

Mais, malgré les démonstrations optimistes et autres expériences enrichissantes de solidarité et de partage, la peur domine le débat public. Une peur qui conduit au rejet, voire au repli. Une peur qui doit changer de camp. En 2018 au Centquatre, la poète Brigitte Fontaine avait conclu la soirée par ces mots : « Bientôt, frères humains, il fera si chaud qu’on grillera comme des harengs. On se précipitera vers les Eskimos et les Lapons qui nous recevront avec des barbelés et des kalachnikovs. Et ça sera bien fait pour nous. » Le poète a toujours raison : nous sommes tous migrants.



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Parti pris

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